La beauté sauvera le monde

Vous avez vu ou revu à la télé hier soir « Dilili à Paris » (2018) de Michel Ocelot ?
L’auteur de Kirikou nous livre encore une fois un adorable joyau magnifiquement dessiné.
Beauté des images, noblesse des sentiments, habileté et pertinence du scénario, il me semble que ce genre de film nous est de plus en plus nécessaire. Et surtout ne laissons pas penser que ce serait réservé aux jeunes publics.
Vraiment, avec Paul Grimaud « le roi et l’oiseau » et JF Laguionie « Louise en hiver », l’ école Française du dessin animé n’a rien à envier à personne. Même si « Fantasia » de Walt Disney, les bijoux de Miyasaki et surtout les films de Tex Avery sont des chefs d’oeuvre intemporels.

Je dois retomber en enfance mais dans ce monde de brutes et de cinglés, il faut réaffirmer le primat de la beauté !

non ?

Qui sont les « autres » ?

« Occupons-nous d’abord de nos pauvres, on verra après pour les autres ».
Un discours souvent entendu pour justifier les politiques anti-immigrations.
Mais, au fait, qui sont-ils ces « autres » dont on ne veut pas entendre parler
et qui sont donc ces « nous », particulièrement dignes d’intérêt ?
Là ça se complique, car dès que l’on introduit des catégories fondées sur des jugements de valeur entre les humains, il faut bien trouver des caractéristiques qui les identifient.
Les « nous », ça pourrait être qui ?
Ceux qui sont nés sur le sol français ?
Mais s’ils sont nés de parents expulsables, qu’est-ce qu’on fait ?
Ceux qui ont des parents français ? Mais si les parents sont étrangers
mais qu’ils travaillent en France depuis longtemps, qu’est-ce qu’on fait ?
Ceux dont les parents sont nés sur le sol français ? ou les grands-parents ?
ou les arrières-grands-parents ? On s’arrête où ?
Et les couples mixtes ?
Et ceux qui travaillent clandestinement depuis 10 ans sans-papier ?
Ceux qui sont arrivés mineurs en France et qui se sont formés à un métier,
ou qui ont fait des études brillantes ?
Ceux qui apportent à la France leur compétence et leur talent ?
Ceux qui aiment notre pays et ont tout sacrifié pour entreprendre un voyage périlleux
pour y venir ?
Ceux qui n’ont aucune issue, aucun pays pour les recevoir ?
Ceux qui sont menacés de mort chez eux ?
Ceux dont toute la famille a été massacrée ?
Et les « autres » ?
En leur temps ce furent les Yves Montand, Georges Semprun, Roberto Alagna,
Virginie Effira, Jacques Brel, Annie Cordy, Michel Drucker, Nicolas Sarkozy,
Edouard Balladur, Zinedine Zidane, Andrée Chedid, Charles Aznavour, Pablo Picasso,
Marie Curie, Milan Kundera, Guillaume Apollinaire, et tant d’autres …

Non, vraiment, le repli sur soi et les discours de haine, ça mène à rien !!!

(illustration d’apès un tableau d’E Hopper)

Le premier devoir ?

Le 27 mai dernier, 7 militants et militantes étaient jugés à Grenoble pour avoir facilité « l’aide à l’entrée de personnes en situation irrégulière » !
En fait, ces personnes ont organisé une marche pacifique à la frontière franco-italienne pour protester contre une action musclée des « identitaires ».
Le jugement devrait être rendu le 22 septembre prochain. On va surveiller ça !
Comme par hasard, je suis tombé sur une phrase de l’abbé Pierre : « Ce qui est premier c’est le devoir, et il fonde le droit ».
Or il me semblait jusqu’à présent que le premier devoir d’un être humain, c’était de venir en aide à son semblable, non ? J’ai dû me faire abuser !

Le monde d’après…

Alors que tout le monde a l’air de considérer que tout est redevenu comme avant, je me pose quand même beaucoup de questions :

Le mot liberté a-t-il encore un sens lorsqu’ une crise, une « guerre », impose des contraintes lourdes au nom du bien commun ?

Le repli sur soi, engendré par ces contraintes, a quel effet sur nos modes d’engagement, familial, social, politique ?

La recherche effrénée du bien-être personnel, du bonheur individuel, qui caractérise les pays occidentaux, dits « libres », a-t-elle comme résultat de nous rendre esclaves de nos pulsions considérées dès lors comme légitimes ?

Le « Système Amazon », modèle consumériste qui exploite explicitement et joyeusement le travailleur pour satisfaire le consommateur-roi, est-il l’avenir indépassable du capitalisme ?

L’individu anonyme derrière son écran, libre de diffuser n’importe quoi et d’injurier n’importe qui représente-t-il maintenant le merveilleux idéal de notre rapport au monde social ?

Etc …

Scier la branche …

Vous connaissez l’image du type qui scie la branche sur laquelle il est assis ?
Eh bien, ces temps-ci, les zoms politiques m’apparaissent bien dans cette situation!
Prendre des airs contrits devant l’abstention massive, dire avec compassion que notre démocratie est en péril, qu’ il faut savoir entendre ce « signal fort » envoyé à nos institutions !… Et continuer à agir exactement de la même manière. Regardez ce déchaînemnt de petites phrases assassines et perverses entre les deux tours !!!
Qu’ont-ils fait depuis 50 ans ces beaux messieurs ?
Discréditer la vie parlementaire, affaiblir les corps intermédiaires et cultiver le chacun pour soi !
Que disent les braves gens interrogés dans la rue ?
« Pourquoi voter alors que nos élus ne tiennent pas leurs promesses ? »
« Qu’ai-je à gagner personnellement à aller voter ? »
« Pourquoi voter alors que nos élus ne servent à rien ? »

A force de valoriser la réussite individuelle, de discréditer l’Education populaire et l’apprentissage de la citoyenneté, à promouvoir l’auto-entreprenariat, à brutaliser les travailleurs et à affaiblir leurs syndicats, les zoms politiques, et en particulier la droite et son « initiative individuelle » et son « travailler + pour gagner + » ont détourné les gens du sens de la responsabilité collective et de la nécessité de gérer « ensemble » la cité !!!

Alors, messieurs, remontez dans votre arbre !

Faites votre boulot, redevenez un phare qui éclaire l’avenir !