Son âme d’enfant ?

J’ai toujours pensé qu’il fallait une belle dose de vigilance pour rester gamin!
Non pas que j’accorde à l’enfant toutes les vertus, loin de là. Les mômes sont souvent cruels entre eux, insolents avec les adultes, menteurs et chapardeurs! D’accord!
Mais leurs grandes qualités, lorsque les adultes ne les ont pas pervertis, c’est d’attendre des autres attention et affection et de jouer à l’avenir.
L’important en éducation n’est-il pas d’abord de laisser les enfants à leur place, de ne pas, ni leur faire partager les préoccupations des adultes,
ni leur faire croire que tout est possible ?
Et, en particulier, ne pas se présenter comme le modèle à imiter, voire à dépasser.
Pour moi, c’est cet équilibre qui est dur à trouver !
Alors, garder « une âme d’enfant », c’est continuer à penser qu’un avenir est possible sans se prendre au sérieux !
En un mot c’est l’humour!

Poème digital

Je suis tombé sur un joli poème qui me semble si représentatif de notre époque :

J’écris pour te toucher,
Paroles digitales.

J’accomplis chaque jour
Un pas vers le sommet.

Une neige m’attend
Qui doute chaque soir

Lorsque descend la nuit.
J’escalade l’Everest

D’intrépides pensées.
En chemin, le vent tourne

Et mon ardeur aussi.
Tes mots sont des leviers.

Ils osent avec moi
Lorsque je cherche à dire

Ce qui nourrit notre âme
Marchant à contre-gué.

Et c’est la même quête
De la même beauté…

Béatrice Libert (TRAVERSEES n°61)

« La grande illusion »

Vous avez re-revu comme moi ce chef d’oeuvre de l’histoire du cinéma ?
Film de guerre sans une seule scène de combat, film de farternité entre les peuples, entre les classes sociales, film d’amour par delà les frontières,
film contre l’antisémitisme et au fond contre la guerre !
Le monde est un théatre, nous sommes tous des comédiens où chacun joue son rôle, qu’ici on appelle son devoir.
Alors où est « l’illusion » ? Dans le fait peut-être que beaucoup prennent ce rôle au sérieux, jusqu’au meurtre de masse, comme on le verra quelques années plus tard. Là on est loin de la barbarie nazie. Pas étonnant que Goebels ait voulu détruire toutes les copies du film !


 » Il s’agissait pour Renoir de développer cette idée qui le passionnait alors que le monde se divise horizontalement plutôt que verticalement, c’est-à-dire en couches sociales plutôt qu’en nations. C’est l’idée de frontière qu’il faut abolir pour détruire l’esprit de Babel et réconcilier les hommes
que séparera toujours cependant leur naissance. » François Truffaut, Arts n°691, 8-14 oct. 1958

(J’ai réalisé un dessin au feutre à partir d’un croquis fait il y a quelques années lors d’une visite de ce magnifique château en Alsace où l’on voit l’escalier où Pierre Fresnay joue de la flûte !.)

TOUR d’IVOIRE

Une expression qui me vient spontanément à l’esprit concernant la période actuelle.
Elle n’est pourtant pas très valorisée aujourd’hui puisqu’elle désigne
une élite qui se retranche des réalités du monde, pour se complaire dans l’utopie et le désengagement.
Elle n’a pas toujours eu ce sens puisqu’on la découvre dans le Cantique des cantiques où elle désigne la beauté du cou et du visage féminin.
Dans l’art chrétien, c’est Marie qui est associée à cette image.

Puis elle change de sens et au XIX ème siècle, Sainte-Beuve caractérise ainsi Vigny en comparaison avec Hugo qui, lui, est plus engagé :
« Et Vigny, plus secret, comme en sa tour d’ivoire, avant midi rentrait ».

Aujourd’hui « rester dans sa tour d’ivoire » est plutôt péjoratif et concerne :
Un pays qui s’isole,
Des gouvernants ignorants des souffrances du peuple,
Des riches coupés des réalités sociales,
Des intellectuels réfugiés dans leurs modèles théoriques,
Des spécialistes qui jargonnent,
Des artistes enfermés dans leur monde …

Alors que faire d’un matériau noble qui permet de réaliser de magnifiques décors et sculptures mais jamais de construire, surtout pas une tour ?

Que faire d’une tour illusoire, d’une tour imaginaire, tentation suprême du repli sur soi ?
Chacun de nous rencontre cette tentation du retranchement et
l’individu-roi occidental face au reste du monde en particulier.

On va voir si cette crise va accentuer cette tendance ou au contraire, contribuer à bâtir un monde plus ouvert et solidaire ???

Humilité

Il y a 2 sortes de gens, ceux qui se gonflent de leurs mérites (et qui nous gonflent!)
Et les modestes, qui considèrent que leurs oeuvres, à eux, personnelles,
ne sont que de bien petites choses au regard de l’univers.

« Quand l’araignée sut qu’elle allait mourir, l’hiver étant venu, elle invoqua le dieu des araignées:
« Seigneur, dit-elle, je vais paraître devant toi.
Or, ce qui m’attend ne m’inquiète guère.
Je t’ai toujours servi avec humilité. Tes ennemis furent les miens.
Que les mouches broyées en ton honneur me soient comptées. »
Et l’araignée mourut. Elle vit Dieu. C’était une mouche. »(*)

(*)Serge Wellens « Les mots sont des chiens d’aveugle »