« La grande illusion »

Vous avez re-revu comme moi ce chef d’oeuvre de l’histoire du cinéma ?
Film de guerre sans une seule scène de combat, film de farternité entre les peuples, entre les classes sociales, film d’amour par delà les frontières,
film contre l’antisémitisme et au fond contre la guerre !
Le monde est un théatre, nous sommes tous des comédiens où chacun joue son rôle, qu’ici on appelle son devoir.
Alors où est « l’illusion » ? Dans le fait peut-être que beaucoup prennent ce rôle au sérieux, jusqu’au meurtre de masse, comme on le verra quelques années plus tard. Là on est loin de la barbarie nazie. Pas étonnant que Goebels ait voulu détruire toutes les copies du film !


 » Il s’agissait pour Renoir de développer cette idée qui le passionnait alors que le monde se divise horizontalement plutôt que verticalement, c’est-à-dire en couches sociales plutôt qu’en nations. C’est l’idée de frontière qu’il faut abolir pour détruire l’esprit de Babel et réconcilier les hommes
que séparera toujours cependant leur naissance. » François Truffaut, Arts n°691, 8-14 oct. 1958

(J’ai réalisé un dessin au feutre à partir d’un croquis fait il y a quelques années lors d’une visite de ce magnifique château en Alsace où l’on voit l’escalier où Pierre Fresnay joue de la flûte !.)

TOUR d’IVOIRE

Une expression qui me vient spontanément à l’esprit concernant la période actuelle.
Elle n’est pourtant pas très valorisée aujourd’hui puisqu’elle désigne
une élite qui se retranche des réalités du monde, pour se complaire dans l’utopie et le désengagement.
Elle n’a pas toujours eu ce sens puisqu’on la découvre dans le Cantique des cantiques où elle désigne la beauté du cou et du visage féminin.
Dans l’art chrétien, c’est Marie qui est associée à cette image.

Puis elle change de sens et au XIX ème siècle, Sainte-Beuve caractérise ainsi Vigny en comparaison avec Hugo qui, lui, est plus engagé :
« Et Vigny, plus secret, comme en sa tour d’ivoire, avant midi rentrait ».

Aujourd’hui « rester dans sa tour d’ivoire » est plutôt péjoratif et concerne :
Un pays qui s’isole,
Des gouvernants ignorants des souffrances du peuple,
Des riches coupés des réalités sociales,
Des intellectuels réfugiés dans leurs modèles théoriques,
Des spécialistes qui jargonnent,
Des artistes enfermés dans leur monde …

Alors que faire d’un matériau noble qui permet de réaliser de magnifiques décors et sculptures mais jamais de construire, surtout pas une tour ?

Que faire d’une tour illusoire, d’une tour imaginaire, tentation suprême du repli sur soi ?
Chacun de nous rencontre cette tentation du retranchement et
l’individu-roi occidental face au reste du monde en particulier.

On va voir si cette crise va accentuer cette tendance ou au contraire, contribuer à bâtir un monde plus ouvert et solidaire ???

Humilité

Il y a 2 sortes de gens, ceux qui se gonflent de leurs mérites (et qui nous gonflent!)
Et les modestes, qui considèrent que leurs oeuvres, à eux, personnelles,
ne sont que de bien petites choses au regard de l’univers.

« Quand l’araignée sut qu’elle allait mourir, l’hiver étant venu, elle invoqua le dieu des araignées:
« Seigneur, dit-elle, je vais paraître devant toi.
Or, ce qui m’attend ne m’inquiète guère.
Je t’ai toujours servi avec humilité. Tes ennemis furent les miens.
Que les mouches broyées en ton honneur me soient comptées. »
Et l’araignée mourut. Elle vit Dieu. C’était une mouche. »(*)

(*)Serge Wellens « Les mots sont des chiens d’aveugle »

« SOBRIETE HEUREUSE »

Ce pastel représentant Pierre Rabhi me semble bien symboliser la nécessité pour nous, aujourd’hui, de repenser l’avenir différemment.
Ce petit paysan immigré d’Ardèche, devenu le grand philosophe que l’on sait, défenseur acharné d’une « sobriété heureuse » prend aujourd’hui toute sa brûlante actualité!
Dans ce portrait, j’ai tenté de rendre la douceur et la bonté de cet homme mais aussi sa détermination et son charisme.
Une occasion de découvrir ou de relire ses oeuvres.

Le Mysanthrope

Vous avez revu à la télé la formidable pièce de Molière « Le misanthrope », plus tragique que comique, qui nous interroge sur le sens du mot sincérité
dans notre relation aux autres ?
Alceste ne supporte pas la simulation, la fourberie, le mensonge. Mais cette belle intention trouve sa limite dans le fait qu’il tombe précisément sous le charme d’une jeune « coquette » qui représente tout ce qu’il abhorre.
Molière a toujours dénoncé l’hypocrisie, l’esprit de cour, la bigoterie;
dans cette pièce, à partir d’une histoire plutôt mince, il atteint le sublime !
Car il montre que cette belle âme, intransigeante, ne peut trouver son salut que dans le retrait du monde.
Et Célimène, qui refuse de l’accompagner dans son « désert », ne peut se soumettre à cette volonté un peu maniaque de la réduire à n’être que SA chose à lui.
En dehors du dévoilement des simagrées cruelles des « petits marquis », il y a, au moins, ces deux messages dans cette pièce : le refus du compromis social et le désir de remettre la femme à la place d’épouse et de mère !

Déjà chez Molière !!! Et, aujourd’hui ???