Un os à ronger

« L’affaire Benalla »! Quelle affaire! Le feuilleton de l’été !
On dirait que ces messieurs de la droite et de la gauche ont enfin trouvé un os à ronger !
Frustrés de ne pas pouvoir vraiment s’opposer à ce président malin et doué, dépités de ne pas pouvoir « exister » politiquement, ils ont enfin trouver le talon d’Achille de ce régime jupitérien!
Moi, j’aurais préféré qu’ils se battent contre la destruction des droits collectifs sociaux, nos assurances sociales, nos droits à la formation. J’aurais aimé qu’ils se bagarrent contre la CSG imposés aux retraités et pour bientôt la remise en cause de la retraite par répartition.
Mais là c’est plus compliqué…

Quand même lâchez-nous avec ce feuilleton! S’il vous plaît, les petits dépités de LR, du RN, de la FI et du PS! Et reprenez votre vrai boulot!
Nous défendre contre la vraie violence de l’Etat, légitime ou pas.

L’oeil !

Salut l’artiste!
Décidément notre république est bien fragile ! Une semaine, nous voilà gonflés à bloc. Champions de monde, c’est pas rien! Le Président est le maître du monde! Enfin presque! Pour quelques heures!
Car une semaine plus tard, on découvre que dans son entourage le plus immédiat sévit un sadique qui prend plaisir à casser du jeune pour peu qu’il manifeste contre son patron! Un petit cogneur irresponsable qui sait pas encore qu’aujourd’hui y a toujours un gus avec son téléphone pour filmer tout ce qui passe ! Même moi qui ne dispose pas d’un tel téléphone, je le sais! Alors quand même ! un lieutenant-colonel de gendarmerie (de réserve!!!), il sait pas ça ??? Faut vraiment qu’il se sente au dessus des lois… et de la morale basique !
Les médias – et les LR – qui n’avaient plus rien à se mettre sous la dent sont comblés. Juste pendant un creux de l’été! Mais dites-moi, pourquoi justement maintenant alors que tout ça s’est passé en mai ???
Bizarre ! Le maître des horloges, c’est plus le patron, là !

Maintenant que fait-on ?

Ainsi dire « Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? c’est se demander s’il reste à l’individu un quelconque pouvoir dans ses initiatives personnelles ou dans ses engagements collectifs.
C’est se poser la question de l’impact sur nos vies quotidiennes de ces géants du Net dont nous sommes absolument dépendants. Impossible de se passer d’eux, la rationalité est de leur côté.
Ils représentent une force financière et politique telle qu’ils peuvent modifier les règles du système à leur avantage; surtout ils sont une puissance psychique considérable qui oriente nos choix de vie, nos façons de penser et notre rapport au futur.
Les libéraux continuent naïvement à promouvoir la libre concurrence comme une vertu cardinale. Avec les GAFA, on est maintenant dans le système du « winner takes all » (le gagnant rafle la mise).

Les paresseux et les cyniques

Et voilà que revient à la mode l’idée que les pauvres ne s’en sortiront pas avec les aides sociales et qu’il faut repenser l’Etat-Providence. Bon, c’est pas nouveau d’essayer de convaincre les petits gens qu’ils sont responsables de leur malheur. Habituellement c’est la droite pure et dure qui tient ce discours (cf le « cancer » de M Wauquier!). Là c’est un ancien ministre socialiste qui relance le truc: ça coûte « un pognon fou » et ça sert à rien! Le préventif plutôt que le curatif, façon de valider la théorie du « ruissellement » (voir plus haut).
Pour moi, rien ne se fera sans un accompagnement intelligent et professionnel des personnes en difficulté d’insertion.
Une récente enquête montre bien que la plupart des gens qui « ne cherchent plus de boulot » ne sont pas pour autant d’horribles fainéants mais des personnes non formées, malades, déprimées, sans permis de conduire ni solution de garde des enfants! 1% seulement disent ne pas chercher de boulot car ils préfèrent toucher les aides sociales!
Non les cyniques ne sont pas à chercher dans les rangs des pauvres mais chez ceux qui laissent croire que c’est en favorisant les riches qu’on aidera les pauvres!
(illustration en hommage à Danart)

Mai 68, un « excès de vie » !

Oui, il y a 50 ans, surgissait brutalement une révolte étudiante incompréhensible pour les bourgeois gaullistes. Ca n’était pourtant que l’expression prévisible d’une crise de l’université, d’une remise en cause des institutions politiques et religieuses, des méthodes patronales, …
Effondrement de l’autorité, dévergondage, désordre anarchiste, utopie destructrice… que n’a pas dit la droite de l’époque pour fustiger ce formidable mouvement de jeunes vers plus de liberté ? Rappelons-nous, il n’y a pas si longtemps, Sarkozy désirant « liquider l’héritage de mai 68 »!
Pour moi, 68 est indissociablement lié à 3 grands ouvrages parus ces années-là:
« Asiles » d’ Erving Goffman, « Le cas Dominique » de Françoise Dolto et « Libres enfants de Summerhill » d’Alexandre Neill.
Les instances ouvrières ont fini par rejoindre, bon gré mal gré, le mouvement. Ils ont aussi contribué à la fagociter et à l’enterrer.
Néanmoins, l’impulsion était donnée vers une remise en question des frontières entre le normal et le pathologique, pour un plus grand respect des différences et vers plus d’égalité.
Que reste-t-il aujourd’hui de cet « excès de vie » manifesté par les jeunes de 68 ?
C’est là la grande question ?

(illustration inspirée par une case du livre d’Etienne Davodeau « un homme est mort » magnifique hommage à René Vauthier.)